" ... je me demande, comment cet homme qui s'est ouvertement opposé aux actions du gouvernement américain, cet homme qui s'en est pris directement à un navire de guerre US, cet homme qui a assassiné, torturé, brulé des milliers de ses concitoyens, comment cet homme peut-il être encore libre aujourd'hui et vivre aux États-Unis, dans une belle maison de deux étages à Laurelton, un quartier calme dans la banlieue de New-York ? "
Le 27 Décembre 1993, Emmanuel "Toto" Constant et les escadrons du FRAPH mitraillaient les habitants de la Cité du Soleil, avant d'incendier plusieurs centaines d'habitations et de refouler dans les flammes les occupants - y compris des enfants - qui tentaient de s'échapper.
Deux mois auparavant, en Octobre 1993, Constant et le FRAPH organisaient une émeute à Port-au-Prince pour empêcher l'accostage du navire de guerre US - USS Harlan County - et le débarquement des 200 Marines officiellement envoyés par Bill Clinton en Haïti pour préparer le retour au pouvoir du Président Aristide. Une poignée d'émeutiers faisait faire demi-tour à un fleuron de la Marine de guerre US !
Pendant trois années passées à faire régner la terreur en Haïti, Constant et les hommes du FRAPH assassinèrent plusieurs milliers de civils. Alors, je me demande, comment cet homme qui s'est ouvertement opposé aux actions du gouvernement américain, cet homme qui s'en est pris directement à un navire de guerre US, cet homme qui a assassiné, torturé, brulé des milliers de ses concitoyens, comment cet homme peut-il être encore libre aujourd'hui et vivre aux États-Unis, dans une belle maison de deux étages à Laurelton, un quartier calme dans la banlieue de New-York ?
Quand les américains débarquèrent enfin à Haïti en 1994, Constant qui y était inculpé et faisait l'objet d'un mandat d'arrêt réussit à "échapper" aux soldats US qui le "cherchaient" et a entrer aux USA comme un simple touriste muni d'un visa ordinaire. Peu après son arrivée il fut arrêté par les autorité et détenu pendant un an par les services de l'immigration US. En 1995, le gouvernement Haïtien demanda aux États-Unis son extradition pour meurtre, torture et incendie criminel; mais les USA rejetèrent la demande et au lieu de l'extrader accordèrent à Constant un statut - green card - lui permettant de vivre et de travailler librement aux États-Unis.
En vérité, le refus d'extrader Constant est sans aucun doute lié aux "révélations" qu'il fit, en Décembre 1995, au cours d'une émission télévisée de CBS appelée "60 minutes"; Constant y affirma publiquement avoir été payé par la CIA pendant toute la durée de la dictature militaire entre 1991 et 1994. En un mot, Constant qui avait déjà à cette époque également engagé des poursuites contre le gouvernement américain pour détention illégale, menaçait simplement de révéler le rôle joué par la CIA en Haïti. Stratégie gagnante pour "Toto"; et il est aujourd'hui certain que la CIA a joué un rôle majeur dans le coup d'État militaire qui renversa Aristide en 1991 et que c'est également à l'instigation de celle-ci que Constant organisa les émeutes de Port-au-Prince qui empêchèrent le retour au pouvoir du Président Aristide en Haïti en Octobre 1993.
Ainsi, après avoir pilonné des villages en Afghanistan à coups de bombes high-tech pour nous saisir d'un homme qui a tué des milliers d'innocents citoyens américains, et pendant que nous menaçons de bombarder tout pays abritant ce genre d'assassin, nous protégeons ouvertement aux USA depuis des années un homme responsable de la mort d'autres milliers d'innocents, qui n'auront finalement eu que le tort de ne pas être des citoyens de la Libre Amérique. Malgré d'autres demandes d'extradition de la part du gouvernement Haïtien, les États-Unis d'Amérique refusent encore aujourd'hui de laisser Constant comparaître devant les tribunaux de son pays. Constant, qui de son côté, ne cesse de souligner que le FRAPH reste opérationnel à Haïti, où, affirme-t-il, lui-même sera très prochainement de retour. Déclarations auxquelles la presse américaine n'a semble-t-il guère accordé d'attention. Le FRAPH est simplement la preuve du double langage des USA en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Il y a un "bon" terrorisme, le notre, et un mauvais terrorisme, celui des autres.
A l'heure où j'écris ces lignes, Haïti n'a toujours pas bombardé New-York pour récupérer Constant.
liens images et article complet sur :
The New West Indian
